Voir les choses du point de vue de l'accident - selon l'improbable -
c'est désapprendre ce que l'on croyait savoir et refuser de se raconter
une histoire, s'empêcher de mettre de l'ordre. On ne saurait trop insister
sur l'ascèse et l' « attitude spirituelle » que commande pour l'artiste,
une telle présence aux êtres.
Voir ne signifie nullement scruter les choses ou « dévisager » les hommes
pour atteindre quelque profondeur psychologique. Il ne s'agit pas de capter
un essentiel qui échapperait à l'œil du distrait. Si le regard s'appesantit,
c'est la logique de notre « cervelle » dirait Dubuffet qui reprend ses droits.
L'image n'est plus donnée, elle est fabriquée. Elle raconte les histoires
des hommes, leurs traditions et leurs savoirs.
S'autoriser à voir les choses « selon les espèces de l'accident »
c'est se donner la liberté de travailler des matériaux jugés indignes :
cartons, rebuts d'atelier, chiffons, café. Se laisser conduire en laissant
l'humble matière travailler. Le jeu qui s'instaure entre l'artiste, la matière
et le hasard est un jeu grave. Le risque pris est toujours celui de la vie
ou de la mort de l'œuvre. Un risque où l'artiste elle-même, en chaque
création se remet en jeu. Jessica Vaturi nous invite à cette traversée
des apparitions successives qui s'offrent à nous. Position d'inconfort où
il nous faut « tenir dans ce passage », car telle est la condition du vivant.

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Catalogue : Being Time, Being Space
2002 - Galerie Avivson