Au deuxième jour, comme une peau qui s'arrache, une mue qui libère
la forme naissante, la toile est décollée, de force, sans rien déplacer
cependant. Les matériaux commencent à mordre le lin, à le mâcher,
à le plisser, à le boursoufler pour le sculpter. Au troisième jour, la toile
est retournée envers lourd, enflé et enrichi des sédiments du sol
qui s'y sont englués - face nouvelle, suspendue, qui se révèlera sous
l'éclairage d'une lumière frisante, de gauche à droite. Cette technique,
chez Jessica Vaturi, est en constante évolution, elle se cherche.
Elle n'est jamais un procédé mais bien un processus vivant,
un engendrement qui se nourrit de ses propres découvertes,
des provocations de la matière, des accidents de parcours.
La toile comme peau, peut étre simplement traversée, révélant son envers.
Corps réceptacle, la toile peut aussi accueillir divers matériaux de l'atelier,
objet usés, morceaux de lin recouverts d'un drap collé et parfois finement
incisé. L'attente de la gestation dit une impatience merveilleuse.
Est-il possible encore, devant une des toiles de l'artiste, de parler d'œuvre
d'art au sens classique ? La matière - les matériaux devrait-on dire,
puisqu'il y a beaucoup plus que de la peinture sur la toile - semble acquérir
sa vie propre. La matière poursuit son œuvre et la sensation se fait alors
plus violente, l'image dure, résiste. Le face à face avec la peau écran
serait-il insatisfaisant ? 
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Catalogue : Being Time, Being Space
2002 - Galerie Avivson